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Informations sur les activités culturelles de l'association WAR HENTCHOU IRVILHAG MAIRIE 17 route de Landerneau 29460 IRVILLAC

14 Jan

L’ADN GÉNÉALOGIQUE.. Résumé de la visioconférence du 4 octobre 2020

Publié par war-hentchou-irvilhag  - Catégories :  #INFOS

Les Québécois sont experts en généalogie

voici une étude proposée par Maurice DUPRAS, que nous remercions chaleureusement

 

En partenariat avec l'

https://www.legault-deslauriers.ca/fr/accueil/

 

 

L’ADN GÉNÉALOGIQUE

Résumé de la visioconférence du 4 octobre 2020 gracieusement offerte par

Maurice Dupras, PhD
Octobre 2020.

 

Les analyses d’ADN en vente libre : la clé de la généalogie?  Un gadget inutile?  Une fenêtre sur le futur?

Les analyses de l’ADN suscitent de plus en plus un engouement certain parmi la population. On parle de la magie de l’ADN, de son pouvoir à résoudre de nombreux mystères, que ce soit en criminologie, en biologie, en médecine, en histoire, en paléontologie et, depuis peu, en généalogie. C’est effectivement une analyse puissante, et il ne se passe pas une semaine sans que ne nous soit pas annoncé un de ses derniers prodiges. Les progrès constants de la biochimie, associée à la technologie et l’informatique ont rendu ces analyses incroyablement sensibles, permettant de travailler avec des quantités infimes de matériel. Une trace de trace suffit. On a pu déceler toutes les espèces de poissons présents dans le lac Saint-Pierre avec un verre d’eau du lac, on a caractérisé sur un échantillon prélevé dans la navette spatiale toutes les plantes et les restes d’animaux  que les astronautes y ont apportés depuis le début des opérations.  Et non seulement l’analyse est hypersensible, mais ses résultats sont tout aussi  spécifiques, permettant d’identifier un individu avec un taux de fiabilité frisant le 100%.

Mais pourquoi l’analyse de l’ADN en généalogie, maintenant?

Résumons d’abord en quelques mots ce qu’est l’ADN. C’est le plan d’opération de chacune des cellules d’un être vivant.  C’est un très long ruban formé d’unités appelées nucléotides, dont il existe quatre types, qui sont en quelque sorte les lettres du « texte » du plan d’opération. Elles sont réunies en portions appelées gènes (les mots) qui ont chacun une fonction différente. La longue séquence de ces milliards de nucléotides varie d’une personne à l’autre, c’est finalement ce qui détermine, sur le plan biochimique, notre individualité. Les biochimistes ont repéré un groupe d’environ 600 000 positions sur la chaîne d’ADN  qui varient beaucoup d’une personne à l’autre, suite à des mutations c’est-à-dire des erreurs de copie,  et c’est l’analyse de ces 600 000 points qui constitue la base du rapport fourni par les firmes d’analyse d’ADN en vente libre, telle qu’Ancestry et ses compétiteurs. Ces compagnies comparent ensuite l’ensemble des résultats du client avec ceux de tous les autres clients de leur base de données, dont la taille peut atteindre plusieurs millions d’individus (15 millions chez Ancestry). L’intérêt de cette analyse en généalogie pourrait se résumer en trois principes de base :

L’ADN est le véhicule de transmission intergénération des traits : forcément, l’ADN de notre parenté doit ressembler au nôtre.

En corollaire, si je trouve des gens qui ont un ADN semblable au mien, ils sont peut-être mes parents d’une certaine façon.

Selon le DEGRÉ de similarité entre l’ADN de deux personnes, on peut en déduire approximativement leur degré de parenté.

Historiquement, trois types d’ADN ont été utilisés dans les recherches généalogiques : l’ADN mitochondrial, tout d’abord, qui peut résister à la dégradation pendant des centaines voire des milliers d’années et qui est transmis exclusivement par le lignée maternelle.  Puis l’ADN du chromosome Y, dont seuls les hommes sont porteurs et qui est transmis de père en fils, donc qui suit le patronyme d’une lignée, du moins dans nos cultures occidentales. Puis vint l’analyse de l’ADN autosomique, qui est contenue dans les 22 paires de chromosomes autres que X et Y. C’est ce type d’ADN qui est étudié par les firmes privées telles qu’Ancestry et dont il sera question dans ce texte. Grosso modo, 50% de l’ADN est transmis des parents à leurs enfants,  d’une génération à l’autre. Toutefois,  l’ADN stocké dans les spermatozoïdes et les ovules est formé de séquences variables, suite à un rebrassage des sections de chromosome de façon aléatoire.   C’est ce qui fait que les membres d’une même fratrie partagent certains traits, mais ne sont évidemment pas identiques. À la génération suivante, seulement 25% de l’ADN de chacun des  grands-parents est contenu dans l’ADN de chaque petit-enfant, et ainsi de suite. Donc, à l’inverse,  connaissant le pourcentage d’ADN partagé entre deux individus, on peut en déduire approximativement leur degré de parenté. À cause du rebrassage des gènes, au moment de la formation des gamètes, le % d’ADN commun entre deux personnes, pour un même degré de parent, peut varier.

Décrivons maintenant un rapport d’analyse d’Ancestry, en guise exemple, pour montrer ce qu’il contient et comment on peut interpréter les résultats.  Ce rapport comprend trois parties distinctes : 1- les origines ethniques, 2- les correspondances ADN et 3 -ThruLInes.

Le rapport sur les origines ethniques est fourni par toutes les firmes du genre, qui l’utilisent d’ailleurs abondamment pour mousser la vente de leur produit. À tort, d’ailleurs, car même si ça semble attirant, c’est la partie la plus faible du rapport.  À l’émission « La Facture », de Radio-Canada, on a dénoncé la fiabilité assez médiocre de ce service, exemples à l’appui, mais on n’a rien dit des autres parties du rapport, pourtant beaucoup plus intéressantes. On évalue les origines ethniques selon l’ADN du client comparé à celui d’un groupe de spécimens dont l’origine ethnique semble claire. Grosso modo, l’ADN des descendants des Français se ressemble. Mais il est difficile de réunir un groupe de comparaison « pur », car l’origine géographique de plusieurs familles n’est pas claire. D’ailleurs Ancestry révise cette partie du rapport périodiquement et des changements très importants apparaissent d’une version à l’autre et d’une compagnie à l’autre également. Disons que cette science est encore bien jeune, même si elle promet.

La liste des « correspondances » est la partie du rapport qui intéresse les généalogistes. Elle contient une liste des tous les individus de la base de données qui partage avec nous, le client, des portions significatives de notre ADN. Le total des longueurs des séquences identiques est exprimé en Centimorgans. Ce paramètre sert à évaluer le degré de parenté entre le client et le « correspondant » et le client, avec une certaine marge d’erreur. Plus la valeur en centimorgans (cM) est élevée, plus la parent est proche. On peut ensuite correspondre avec ces « cousins » possibles, via Ancestry.  On retrouve dans cette liste facilement plus de 1000 correspondants, la plupart du temps avec des % de partage très faible. Mais si on veut parler de parenté éloignée (plus de 5 générations, disons), tous les Québécois, pratiquement, sont « parents » entre eux.

La troisième partie est appelée chez Ancestry « ThruLInes », mais elle existe aussi, sous une forme ou une autre, chez la majorité des autres fournisseurs. On y présente les jonctions des lignées parentales possibles, compte tenu des « centimorgans » partagés,  entre nous (le client) et les autres correspondants si l’un et l’autre ont envoyé des informations sur leur arbre généalogique. Plus ces arbres sont détaillés, plus le rapport est informatif, mais il est important de réaliser qu’il présume que les renseignements généalogiques envoyés sont exacts et véridiques. À cette condition, il devient un outil de généalogie vraiment utile.

Mais est-ce bien utile et sécuritaire, tout ça?

Il faut d’abord réaliser que le Québec est le paradis des généalogistes, les registres paroissiaux sont anciens, les bases de données sont relativement accessibles, et le peuple québécois a longtemps été très homogène et fermé sur lui-même. Toutefois, les parents dont les noms apparaissent sur les actes de baptême sont-ils bel et bien les parents biologiques? On a déterminé que le pourcentage de « fausse parenté » peut approcher 1 à 2%, ce qui n’est certes pas négligeable dans un arbre généalogique assez élaboré. Au contraire, les tests d’ADN ne mentent pas, mais encore faut-il pouvoir comprendre ce qu’ils nous disent. Chose certaine, les tests d’ADN demandés sans but précis, simplement par curiosité, ne sont pas souvent utiles, et bien des clients sont déçus. Il peut être intéressant d’apprendre que nous avons un cousin éloigné dans le Dakota du Nord, mais est-ce bien utile? Tout de même, il arrive que des cousins relatvement proches se révèlent en consultant la liste des «correspondances ADN ». À coup sûr, le test d’ADN est inutile, à toute fin pratique, pour monter un arbre généalogique, ce que bien des clients ignorent. Malgré tous ces bémols, le test est certainement utile pour répondre à une question très précise, par exemple pour savoir sir monsieur A est parent avec madame B et si oui, à quel degré. Il est devenu quasi indispensable pour les personnes adoptées à la recherche de leurs parents biologiques, à condition de pouvoir interpréter les résultats, car il est encore très ardu d’obtenir de l’information des autorités, en dépit des changements législatifs récents. Le test d’ADN couplé aux recherches généalogiques est  de plus en plus utile en criminologie, pour retracer des criminels dont un a un  échantillon d’ADN, mais qui est introuvable dans les bases de données des autorités policières. Le test n’est donc certainement pas sans mérite, et il le sera de plus en plus. 

Le test est-il sans risque?

Le risque zéro n’existe pas, ici comme dans toutes les activités humaines. Tout d’abord, et ce n’est pas à négliger, il peut révéler des secrets de famille qui auraient peut-être eu avantage à ne pas refaire surface. Comme de découvrir que mon frère n’a pas le même père que moi, par exemple, et qu’on ne m’en a rien dit. Donc, avant même de demander le test il faut être prêt à recevoir et accepter n’importe quel résultat. La tentation peut être grande de mettre le résultat de côté en se disant que « ces tests-là ne sont pas fiables, ils l’ont dit à la TV », mais dans une large mesure, oui, les tests sont fiables. La possibilité d’une erreur d’identification de spécimen, quoique faible, ne doit pas être rejetée d’emblée. Quant à la confidentialité des résultats, qu’avons-nous à craindre? Il faut tout de même comprendre qu’Ancestry, comme ses compétiteurs, est une compagnie à but lucratif. Ils garantissent à leur client que leurs résultats d’analyse ne seront pas refilés à des tiers. Nous pouvons le croire, je pense, mais ça ne signifie pas que tous les membres du personnel de cette firme ont le même niveau de moralité et les mêmes scrupules. Rappelons-nous Desjardins… Ce que peuvent faire les laboratoires, cependant, c’est vendre à des tiers les données des clients, mais à condition de ne jamais révéler l’identité associée à chacun des spécimens. Autrement dit les donnée sont non nominatives.  Il est illégal de transmettre les résultats des tests d’ADN aux compagnies d’assurance, dans toute l’Amérique. Ce serait évidemment une source de discrimination potentielle dangereuse. Les firmes pharmaceutiques sont à la recherche de ces données, par contre, ainsi que beaucoup de chercheurs du domaine médical. La compagnie 23andMe, concurrent d’Ancestry, l’a fait, et à prévenu ses clients, qui pouvaient alors retirer leurs résultats de la base de données. Chose certaine, il faut faire affaire avec des compagnies bien reconnues, qui ont une réputation solide.

Et que nous réserve le futur?

Un p’tit coup d’œil, pour finir, à ma boule de cristal.  Je me risque à prédire que le prix des analyses d’ADN va continuer de chuter. On aura bientôt la possibilité de séquencer au complet le chromosome Y (ligne de paternité) à prix abordable, et un peu plus loin dans le futur, le séquençage de la totalité de l’ADN à prix populaire. Certaines firmes peuvent déjà utiliser les résultats des tests d’ADN pour prédire les risques santé, 23andMe surtout, mais si ces prévisions sont encore assez floues pour le moment, je ne doute pas qu’elles deviendront plus fiables et plus utile dans un futur rapproché. On peut imaginer que les banques des séquences d’ADN deviendront universelles et qu’elles seront intégrées aux dossiers médicaux. Le développement le plus prometteur et même temps le plus inquiétant est la possibilité de MODIFIER l’ADN, pour le meilleur en particulier les thérapies géniques et pour le pire, pour « améliorer » l’être humain.  

Maurice Dupras, PhD
Octobre 2020.

Vous trouverez d’autres articles sur le sujet dans les bulletins "Se Souvenir", Vol. 18, no2; Vol. 19, no1; Vol. 19 no2.

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